2026-10-03 · Agentic Realism
ChatGPT et données de patients : ce qu’on peut coller, ce qu’on ne peut pas
Trois zones pour utiliser l’IA au cabinet sans rompre le secret professionnel
Notes de séance, rapport d’assurance, message d’un patient : rien de cela ne va dans un assistant grand public. Ce qui ne parle de personne, oui. Trois zones, une checklist d’anonymisation, les réglages à vérifier — et le moment où il faut un outil encadré plutôt qu’un compte personnel.

La réponse courte
Dans un assistant grand public comme ChatGPT ou Claude, ne collez rien qui permette de reconnaître un patient : ni notes de séance, ni compte rendu, ni message reçu. Ce qui ne contient aucune donnée personnelle peut y aller sans souci ; une situation correctement anonymisée peut y aller avec prudence. Pour un usage régulier sur des dossiers réels, il faut un outil encadré par un contrat, pas un compte personnel.
La situation
Il est 20 heures, le rapport pour l’assurance doit partir demain, et vos notes tiennent sur deux pages manuscrites. L’assistant ouvert dans l’autre onglet écrit vite et bien. Il suffirait de coller les notes et de demander une synthèse propre.
C’est exactement le geste à éviter. Pas parce que l’outil serait malveillant, mais parce que vous venez de transmettre des données de santé, qui permettent d’identifier une personne, à une entreprise avec laquelle ni vous ni votre patient n’avez de contrat adapté — et souvent hors de Suisse. La bonne nouvelle : une grande partie de ce qui vous prend du temps peut être confiée à l’IA sans jamais toucher à un dossier.
Pourquoi c’est sensible
Le secret professionnel. Pour de nombreuses professions de santé — médecins, psychologues, physiothérapeutes, ostéopathes, notamment — révéler une information confiée dans l’exercice de la profession est une infraction pénale. Pour les autres thérapeutes, la discrétion reste une obligation envers le patient et, souvent, envers votre association professionnelle.
La protection des données. Les données sur la santé sont des données sensibles au sens de la loi fédérale sur la protection des données. Les confier à un tiers, a fortiori à l’étranger, demande une base solide — un contrat, des garanties, une information du patient — que l’inscription gratuite à un service en ligne ne fournit pas.
Ce n’est pas un avis juridique : les règles exactes dépendent de votre profession et de votre canton. Mais la ligne pratique, elle, est simple.
Trois zones
- VERTSans donnée personnelleTextes de votre site, FAQ du cabinet, modèle de lettre vierge, reformulation d’un document public, recherche générale.
- ORANGEAnonymisé avec soinUne situation réécrite pour une supervision ou une question de méthode, sans aucun élément qui permette de reconnaître la personne.
- ROUGEUne personne reconnaissableNotes de séance, compte rendu nominatif, rapport d’assurance, message d’un patient, agenda avec motifs de consultation.
Vert : tout ce qui ne parle de personne
C’est là que se trouve l’essentiel du gain, et il est souvent sous-estimé : rédiger la page « Mon approche » de votre site, préparer une FAQ pour les nouveaux patients, créer un modèle de lettre de liaison vierge, reformuler un texte de vulgarisation, préparer une présentation, trier vos idées pour une formation. Aucune donnée de patient, aucun risque de ce côté.
Orange : une situation réécrite pour ne reconnaître personne
Préparer une supervision, réfléchir à une question de méthode, chercher des pistes de lecture à partir d’une situation : c’est possible, à condition d’anonymiser vraiment. Retirer le nom ne suffit pas — c’est la combinaison des détails qui identifie.
| Élément | Que faire |
|---|---|
| Nom, prénom, initiales | Supprimer — les initiales identifient souvent |
| Dates précises | Remplacer par des durées : « depuis trois mois » |
| Âge exact | Remplacer par une tranche : « la quarantaine » |
| Lieu, employeur, école | Supprimer ou rendre général |
| Profession rare, situation familiale singulière | Généraliser |
| Diagnostic rare, événement marquant | Se demander si le cas reste reconnaissable |
| Combinaison des éléments restants | Relire : un proche pourrait-il reconnaître la personne ? |
Le test final est simple : si un proche du patient lisait le texte, pourrait-il le reconnaître ? Si la réponse est « peut-être », le texte reste en rouge.
Rouge : tout ce qui concerne une personne reconnaissable
Notes de séance, comptes rendus, rapports d’assurance, lettres à un médecin, messages reçus d’un patient, agenda avec les motifs de consultation, et même une simple liste de noms avec les dates de rendez-vous. Rien de cela ne va dans un compte personnel d’assistant grand public, quels que soient ses réglages.
Les réglages à vérifier, même en zone verte
L’entraînement des modèles. Selon le service et l’offre, vos conversations peuvent servir à améliorer les modèles. Les versions grand public ont un réglage pour le refuser ; vérifiez qu’il est désactivé. Les offres destinées aux entreprises ne s’en servent en général pas par défaut.
Un compte pour le cabinet. Évitez d’utiliser le même compte pour votre vie privée et votre pratique : l’historique se mélange, et il devient difficile de savoir ce qui y a été déposé.
L’historique. Supprimer une conversation ne l’efface pas toujours immédiatement des serveurs du fournisseur. La seule protection fiable reste de ne pas y mettre ce qui ne doit pas y être.
Quand un outil grand public ne suffit plus
Si vous voulez qu’un assistant prépare réellement l’administratif du cabinet — rendez-vous, rappels, documents d’accueil, factures — il doit voir des noms et des dates. La question change alors de nature : ce n’est plus « que puis-je coller ? », mais « où sont traitées les données, sous quel contrat, avec quels accès ? ».
Un système encadré répond à ces questions avant de commencer : hébergement en Suisse ou en Europe, fournisseurs documentés, accès limités au strict nécessaire, journal de ce que l’assistant a fait, et une limite claire autour du contenu clinique, qui reste hors de sa portée. C’est l’approche décrite dans La confidentialité n’est pas un slogan, et celle que nous appliquons pour les thérapeutes et cabinets.
Ce que ça coûte
Appliquer les trois zones ne coûte rien. Si vous voulez apprendre à utiliser ces outils sur vos propres tâches — avec des règles de confidentialité écrites pour votre cabinet — une session de formation solo coûte 350 CHF pour deux heures, avec un mémo personnalisé. Un assistant encadré pour l’administratif du cabinet relève du bureau agentique, dès 490 CHF pour une première brique. Vous ne payez que si vous validez la proposition.
Les limites
Cet article donne une ligne de conduite prudente, pas une analyse juridique de votre situation. Si vous envisagez un usage régulier de l’IA sur des données de patients, parlez-en à votre association professionnelle ou à un juriste spécialisé avant de choisir un outil.
Et même en zone verte, l’assistant se trompe : il invente des références, simplifie à l’excès, prend un ton qui n’est pas le vôtre. Tout ce qu’il produit se relit avant d’être utilisé.
Questions fréquentes
Le consentement du patient suffit-il ?
Il ne règle pas tout. Un consentement doit être libre, éclairé et spécifique : le patient devrait savoir quel service, dans quel pays, à quelles conditions. Vous restez responsable de ce choix. Pour un outil grand public, la prudence reste de ne pas s’appuyer sur le consentement.
Une offre professionnelle de ChatGPT ou Claude règle-t-elle la question ?
Elle améliore la situation — pas d’entraînement sur vos données, un contrat, des garanties — mais ne tranche pas à elle seule les questions de secret professionnel et de transfert à l’étranger. Lisez le contrat, et demandez conseil si vous y mettez des dossiers réels.
Puis-je utiliser l’IA pour écrire à un patient ?
Oui pour préparer un modèle de message — confirmation de rendez-vous, informations pratiques, rappel — rédigé sans données personnelles, que vous complétez ensuite vous-même. Non pour lui faire lire et résumer ce que le patient vous a écrit.
Pour aller plus loin
Si vos patients vous trouvent d’abord sur Google, la checklist de la fiche Google explique aussi comment répondre aux avis sans rompre le secret professionnel. Et le diagnostic de 30 minutes est gratuit, si vous voulez savoir ce qui, dans votre cabinet, peut être délégué sans risque.